1976 - Florac - Début prometteur des courses d'endurance en FRANCE

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Florac 1976 - 115 km en 6 h 15 mn

En Lozère, les choses vont parfois vite, très vite même lorsqu'elles emboîtent le pas à ces chevaux rompus aux courses sur les chemins les plus ingrats... Voici trois ans, qui aurait pu croire que ce département, d'habitude réservé et prudent, se révèlerait comme le plus turbulent du Languedoc dont il occupe pourtant les confins septentrionaux! Est-ce le résultat de la confrontation entre le caractère. rebelle et opiniâtre du Cévenol et celui réfléchi et organisé du Gévaudanais ?

Peut-on savoir? Mais les faits sont là...

Mille kilomètres de pistes et une dizaine de gîtes ouverts en 1969.

Un premier rallye la même année, suivi de sept autres organisés par le Parc National des Cévennes.

En 1975, expérimentation d'une épreuve d'endurance équestre: 120 km de granite et de calcaire avec des dénivelés de 1 000 mètres.

Puis, non sans risques, le lancement par un Comité animé par la Chambre d'Agriculture, d'une foire aux chevaux à Florac - la plus petite sous-préfecture de France - et à laquelle vient s'incorporer l'épreuve d'endurance corrigée et développée. .

Les sceptiques ne manquaient certes pas, pour vouer cette dernière entreprise à l'échec. Leurs raisons n'étaient pas sans fondement: manque de finances, moyens humains limités, période mal choisie, principes adoptés trop hardis... Mais les promoteurs reçurent ces critiques comme des défis et, piqués au vif, bousculèrent les obstacles. Avec attention, les courses d'endurance de Rodez, d'Armorique, (malheureusement annulée) et des Etats-Unis, étaient suivies, décortiquées, analysées. L'entraînement des chevaux faisant surtout l'objet d'études particulières.

Tout en restant le fait de bénévoles, de petits groupes de travail se constituent en fonction des disponibilités. Une équipe se charge de rechercher la piste: 115 kilomètres qu'il faudra baliser - avec l'autorisation des propriétaires (et Dieu sait si la propriété est morcelée en Lozère !), équiper des postes de contrôle à des endroits accessibles, lui donner un dénivelé sélectif, mais pas trop "vicieux" cependant.

Une autre prépare l'accueil des cavaliers, monte des tentes qui abriteront 38 boxes, soit 700 barres de bois à assembler.

Une troisième organise un stage de préparation à l'épreuve qui allie l'entraînement physique du cavalier à celui du cheval, et inculque aux futurs concurrents les principes d'économie de l'effort, de la récupération du souffle, de l'équilibre alimentaire (un vrai monastère, quoi...).

Une autre prépare les documents, les règlements, et recrute le jury et les vétérinaires.

Voyons maintenant le terrain: comme à la guerre, c'est lui qui façonne la tactique...

Quatre tronçons. Un premier part de Florac, suit une ancienne voie ferrée désaffectée, puis grimpe par un étroit vallon sur Barre des Cévennes, qui marque la ligne de séparation des eaux entre Atlantique et Méditerranée.

De là, les cavaliers, sur un plateau calcaire suivant la Corniche des Cévennes, passeront par l'Hospitalet, sanctuaire du protestantisme, puis basculeront sur le versant nord-est, vers le pied du Mont Aigoual, d'où ils suivront une petite route sinueuse, prolongée par un sentier de Grande Randonnée, qui les élèvera jusqu'à Gadrillac (1194 m d'altitude)... De là, ils redescendront vers Meyrueis.

A Quézac, les concurrents traverseront un petit pont roman, pour s'arrêter enfin au camping d'Ispagnac. La dernière halte avant le sprint final.

Ispagnac Florac. Une étroite piste sous les châtaigniers, le Tarn à vos pieds, et droit devant, la vallée qui se resserre avec, blottie au fond; la petite sous-préfecture, terme de l'équipée!

Huit cents balises, constituées par des triangles de plastique souple, sont posées sur des arbres ou des piquets, afin de matérialiser le chemin à suivre.

Dimanche 3 octobre - 6 h 30. Avec moins de 30 secondes de retard, le départ est donné... C'est un peu la cohue... mais tous sont là et l'énervement était tel, qu'il serait dangereux de prolonger l'attente. En trombe, les voitures accompagnatrices vont se mettre en poste pour intercepter les chevaux au passage du premier point d'observation.

Certains à pied, d'autres déjà en selle, au pas ou au trot, la colonne est déjà bien étirée!

La Gendarmerie vient nous aider à franchir les routes, et elle a plus à faire avec les autos des suiveurs qu'avec les chevaux.

Stupeur... Tout de suite la vitesse des cavaliers de tête dépasse les prévisions. Sont-ils fous? Vont-ils claquer leur monture? Les Commissaires volants brûilent les étapes, et foncent en avant pour précéder les cavaliers, et alerter les contrôles. L'un d'eux s'embourbe dans un champ, plante là sa voiture, court ouvrir une barrière lorsqu'au galop les premiers concurrents arrivent. Il n'a que le temps de s'écarter en indiquant la direction de marche. Il ne rattrapera les cavaliers qu'à Barre des Cévennes, bien longtemps après leur arrivée.

Le départ de Barre ne se fait pas dans de bonnes conditions. Le jour s'est levé, il ne pleut pas, mais un épais brouillard rampe dans la région de l'Hospitalet, et c'est grâce à l'amabilité d'un spectateur - qui précède la cavalerie avec sa voiture tous feux (et Warning) allumés - que le groupe de tête arrive jusqu'à la piste sans se perdre. Au galop, il est vrai qu'un petit triangle rouge ou jaune de 30 cm de long ne se voit pas très bien dans la "purée de pois".

Essayant de précéder le peloton de tête, un poste de commandement mobile se déplace vers le Col des Salides... Il arrivera trop tard. Une nouvelle fois, les chevaux seront allés plus vite que les voitures! Quel pays ces Cévennes !

Belle animation ! Les vétérinaires, stéthoscope sur la poitrine, vont de l'un à l'autre. Mouvement de seaux pour faire boire les chevaux. Grésillement de la voiture radio que l'E.D.F. a mis à notre disposition.

De justesse. Les premiers arrivants sont interceptés par le contrôle qui vient de se mettre en place. Les jeux ne sont pas faits, mais certains sentent la victoire proche. Il ne reste que 10 kilomètres de piste sans surprise, et l'avance gagnée sera difficile à combler.

A Florac maintenant c'est l'attente... On prévoyait l'arrivée vers 17 h 00 et il n'est que 14 h 00 ! La foule se rassemble. On dégage la ligne,on réajuste les chronomètres.

Le voilà! Droit, mince, la poitrine recouverte du dossard rouge portant le numéro 13 en blanc, le vainqueur se présente au petit galop! Les aiguilles des montres s'immobilisent un instant. On entoure le cavalier, on flatte le cheval, et quelle joie chez les Lozériens, car c'est lui: PERSIK, l'étalon arabe que tous les éleveurs connaissent, qui est là, nimbé de gloire - mais pas d'orgueil - car placidement, il va boire et manger dans son boxe...

Le héros, M. Jean-Marie Fabre (1), est félicité, porté en triomphe. Modeste et chevaleresque, il va s'excuser auprès du second - un sacré second, car il s'agit du vainqueur de Rodez ! - Le cheval restera l'école des plus nobles sentiments et le fief des gens de qualité...

Prestation remarquable des arabes ou des arabes mêlés, qui s'adjugent trois places sur les quatre premières, intérêt pour les poneys, qui tous finissent la course, moyennes élevées, dénivelés cumulés...

A tous, concurrents, assistants, jury, et contrôleurs, services publics (2) qui ont aidé à la mise en oeuvre des moyens, amis venus s'imprégner de l'esprit d'effort et de beauté.

La Lozère dit merci
et à l'an prochain

Sources : archives de D. Letartre

 

(1) Jean-Marie Fabre est garde moniteur au Parc National des Cévennes.

(2) Haras Nationaux d'Uzes et Rodez - Jeunesse et Sports de Mende - Parc National des Cévennes - Mairie de Florac - E.D.F. de Florac et Meyrueis - Gendarmerie Nationale - Crédit Agricole de Lozère.




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